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الريحانيّة, بعبدا, Lebanon
صدر لي عن دار مختارات: لأنّك أحيانًا لا تكون (2004)، رسائل العبور (2005)، الموارنة مرّوا من هنا (2008)، نساء بلا أسماء (2008)- وعن دار سائر المشرق: كلّ الحقّ ع فرنسا (رواية -2011- نالت جائزة حنّا واكيم) - أحببتك فصرت الرسولة (شعر- 2012) - ترجمة رواية "قاديشا" لاسكندر نجّار عن الفرنسيّة (2012) - ترجمة رواية "جمهوريّة الفلّاحين" لرمزي سلامة عن الفرنسيّة (2012) - رواية "للجبل عندنا خمسة فصول" (2014) - مستشارة تربويّة في مدرسة الحكمة هاي سكول لشؤون قسم اللغة العربيّة.

الجمعة، 3 يونيو، 2011

عن روايتي "كلّ الحقّ ع فرنسا" في صحيفة لوريان لو جور




« Est-ce la faute de la France parce qu’elle est venue chez nous, ou bien parce qu’elle est partie sans nous ? »

BIBLIOGRAPHIE
Kul al-Haq ‘ala Faransa (C’est entièrement la faute à la France) de Marie Kossaifi, Sâ’ér al-Mashreq / Entire-East, 337 p.
ROMAN
Katia GHOSN :
« La faute à la France ? »
Propos recueillis par
2011-06-02
La littérature libanaise est encerclée par le politique ; le dernier roman de Marie Kossaifi n’échappe pas à cette réalité. Zad, la narratrice, ne possède d’autres souvenirs que ceux de la guerre : « La guerre a duré longtemps et a envahi toute notre vie… Trente-cinq ans et plus, dont les pires périodes ont été celles durant lesquelles nous avons vécu l’illusion de la paix. » Écrire pour elle est une leçon de lutte et de survie, mais aussi une échappatoire à une situation étouffante.

En écoutant Juliette, cette infirmière immiscée dans sa vie depuis qu’elle avait été opérée de l’appendicite, raconter ses histoires et celles de sa nombreuse famille, Zad « ne put dissocier leur destin de celui du pays ». Najla et Youssef ont eu Habib, Nagib, Camélia, Juliette, Wardé, Melvina, Souad, Loubna, qui à leur tour ont eu des enfants. Moyennant tous ces personnages, le roman couvre cent ans d’histoire individuelle et collective, de 1905, date de naissance de Najla, jusqu’à présent. Chaque personnage trace le récit différent d’un même effondrement. Si la narratrice se retrouve embarquée dans les histoires de ces gens-là, c’est par ce que leur naufrage est également le sien. Wardé, ou Rose, du nom donné par son amant français, suscite en elle une plus forte résonance. Et c’est davantage attirée par ce personnage énigmatique et séduisant que par la demande de Juliette qu’elle écrit son roman, ou plutôt le leur. Mais avait-elle vraiment besoin de cet alibi pour raconter l’histoire ?

Contrairement à Zad, Rose incarne la possibilité de la passion et de l’amour. Pour Zad : « Les gens, ici, ne croient plus à l’amour, ni à la fidélité, ni à l’attente… Il n’y a plus de place à l’amour dans ce pays, personne n’est motivé à lire une histoire d’amour dont la fin, connue d’avance, est scellée par la séparation ou la mort. » Pourtant, c’est bien de l’amour de Rose pour le colonel français, puis pour Nagi, qu’il s’agit dans ce roman, la première liaison étant interrompue par le départ du Français et la deuxième par la mort des deux amants. Ce roman n’est-il pas la preuve que, contrairement à ce qu’elle affirme, ce sont des histoires d’amour que le lecteur – et l’auteure – recherchent après tout ?

Mais de quoi les Français sont-ils rendus coupables ? « Najla est morte en maudissant la France et les Français. » Ainsi commence le roman, non sans ironie. Le stéréotype du Français venu en Orient pour abandonner par la suite sa bien-aimée et rentrer chez lui est récurrent dans le roman arabe. Sauf qu’ici, le colonel, abandonné par sa femme, revient, trop tard, à la recherche de son paradis oriental ! L’amour de Rose pour le colonel français est une épreuve initiatique, certes douloureuse, mais vécue comme un enrichissement et une libération sans lesquels son amour pour Nagi n’aurait pas atteint sa plénitude.

Najla maudissait la France pour ne pas se culpabiliser elle-même. Les filles de Najla ne pensaient-elle pas que c’était plutôt leur mère qui a poussé leur sœur dans les bras de cet étranger ? La mère ne profitait-elle pas du Français pour faire sortir son fils aîné Habib, trafiquant de métier, de la prison ?

Le roman de Marie Kossaifi finit comme il commence, sur une note légère de blâme à l’égard de la France : « Est-ce la faute de la France parce qu’elle est venue chez nous, ou bien parce qu’elle est partie sans nous ? » La France est-elle coupable d’avoir abandonné les chrétiens du Liban, tout comme le colonel avait abandonné sa bien-aimée ? Est-ce parce qu’ils se sentent délaissés, sans espoir de pouvoir se construire dans leur pays, que les Libanais se sentent poussés à saisir la perche tendue désormais par le Canada ? L’émigration est-elle une solution ? Zad, qui n’est plus de toute première jeunesse, optera-t-elle pour un ultime départ et un énième commencement ? La nuit porte conseil. Zad se met au lit et lit… Le lecteur, lui, peut écrire la fin du roman comme bon lui semble.

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